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Comment prévenir la fourbure chez les chevaux : alimentation, pâturage et mise à l'herbe

À retenir

  • Réduire les céréales et les aliments riches en amidon est de loin la mesure la plus importante pour prévenir la fourbure, car les pics d’insuline provoqués par le sucre et l’amidon endommagent l’apport sanguin à l’intérieur du sabot.
  • Un long trempage du foin pendant la nuit réduit de façon significative les sucres solubles dans l’eau ; un trempage rapide de 20 à 30 minutes aide à peine, donc la durée du trempage compte plus que le simple fait de le faire.
  • La longueur de l’herbe n’est pas un indicateur de sécurité. Une herbe courte et stressée peut contenir plus de fructanes qu’une herbe luxuriante, et le moment de la mise au pré doit suivre la météo, en évitant les matinées ensoleillées après des nuits froides.
  • Un cheval qui a déjà fait une fourbure a besoin d’une routine durablement plus stricte : restriction d’herbe toute l’année, alimentation prudente, contrôle régulier du poids et soins des sabots toutes les six à huit semaines.
Dans cet article

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    La fourbure fait partie de ces affections pour lesquelles la prévention l’emporte largement sur le traitement, sans aucune comparaison possible. Une fois les lamelles endommagées, la récupération est lente, douloureuse, et jamais totalement garantie. La plupart des chevaux qui ont déjà fait une fourbure gardent un risque plus élevé pour le reste de leur vie. C’est le point de départ honnête.

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    Une alimentation adaptée : le levier le plus important

    La majorité des cas de fourbure chez les chevaux hors du monde de la compétition sont liés à l’alimentation. Les régimes riches en sucres et en amidon provoquent des pics d’insuline, et une insuline élevée endommage directement l’apport sanguin à l’intérieur du sabot : des travaux expérimentaux ont montré qu’une insuline élevée prolongée à elle seule, avec une glycémie maintenue normale, suffit à déclencher une fourbure chez des poneys par ailleurs en bonne santé en 72 heures [1]. La première chose à changer, c’est donc ce qui va dans le seau.

    En pratique, cela signifie supprimer les céréales et les aliments concentrés riches en glucides non structurels. Une grande quantité de fourrage, idéalement du foin, doit constituer la base de l’alimentation. Pour les chevaux déjà à risque ou ayant des antécédents de fourbure, faire tremper le foin aide, mais la durée compte bien plus que ce que la plupart des propriétaires imaginent. Un trempage rapide de 20 à 30 minutes change à peine la donne. Un trempage de plusieurs heures, idéalement toute la nuit dans de l’eau fraîche, permet une vraie réduction : des essais sur des foins britanniques ont montré des pertes allant d’un quart à plus de la moitié de la teneur en glucides hydrosolubles après un long trempage, même si le chiffre exact varie beaucoup d’un foin à l’autre [2]. Cela n’élimine pas tout, et les variations d’un lot à l’autre empêchent de promettre un chiffre précis à un propriétaire, mais pour les chevaux sensibles, le trempage long vaut largement l’espace supplémentaire pris par le seau.

    L’herbe est l’autre variable que la plupart des propriétaires sous-estiment. Limiter le temps au pâturage est important, mais le type d’herbe compte tout autant. Les variétés de ray-grass ont été sélectionnées pour la production laitière bovine : rendement maximal et forte densité énergétique. Elles ne conviennent pas aux chevaux sujets à la fourbure. La teneur en glucides non structurels des pâturages peut dépasser largement 400 g par kg de matière sèche dans de mauvaises conditions, principalement à cause des sucres simples et des fructanes [3]. Un mélange de graminées conçu pour les chevaux, avec des niveaux de fructanes plus faibles, vaut le surcoût au moment du semis.

    L’inconvénient d’un régime restreint à base de foin, c’est qu’il peut laisser les chevaux en déficit de vitamines et minéraux essentiels. Un balancer pauvre en sucres est la façon la plus simple de combler ces manques : il apporte ce qu’un régime restreint n’apporte pas, sans ajouter les sucres et amidons que tu cherches justement à éviter.

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    L’exercice compte, et il est souvent négligé

    Les chevaux en surpoids présentent un risque nettement plus élevé, en grande partie parce que l’excès de tissu adipeux perturbe la régulation de l’insuline, c’est-à-dire la même voie qui endommage le sabot [1]. L’exercice aide sur deux plans : il soutient la gestion du poids, et il favorise activement la circulation sanguine dans le sabot. Un mouvement régulier et constant a un effet protecteur qu’aucun changement d’alimentation ne peut totalement reproduire à lui seul. Même de courtes séances comptent : seulement trente minutes de trot dans un rond de longe ont montré une amélioration de la sensibilité à l’insuline chez des juments en surpoids en quelques jours, même si l’effet disparaît rapidement dès que le cheval recommence à rester sans bouger [4].

    Quand un cheval a déjà eu un épisode de fourbure, la tentation est de le laisser au box indéfiniment. C’est nécessaire dans la phase aiguë. Mais à long terme, limiter les mouvements d’un cheval en surpoids crée aussi ses propres risques. Une fois le cheval stabilisé, un retour progressif à l’exercice est généralement la bonne direction à prendre.

    Gestion du pâturage : l’herbe courte n’est pas une herbe sûre

    Ce point surprend souvent. Une herbe courte et stressée peut en réalité contenir plus de fructanes par gramme qu’une herbe abondante et bien nourrie. La plante accumule des sucres qu’elle n’a pas eu assez de surface foliaire pour utiliser [3]. Faire pâturer dans un champ ras dans certaines conditions comporte un vrai risque.

    Le temps de pâturage doit être ajusté au poids du cheval. Un panier de pâturage est un outil pratique quand une restriction totale n’est pas réaliste, et il fonctionne : on a montré que des poneys qui en portaient réduisaient leur consommation d’herbe d’environ trois quarts par rapport à des poneys sans panier dans le même champ [5]. Cela ne doit pas être vécu comme une punition. C’est simplement une manière de gérer l’ingestion quand l’alternative est un épisode de fourbure.

    Bon à savoir

    Un pâturage bien nourri, correctement pâturé et semé avec un mélange de graminées adapté présente généralement un risque en fructanes plus faible qu’une herbe courte, stressée ou surpâturée. La hauteur de l’herbe n’est pas un indicateur fiable de sécurité.

    Quand faire pâturer : guide saison par saison

    L’accumulation de fructanes dans l’herbe suit l’intensité lumineuse et la température [3]. Les nuits froides suivies de matinées ensoleillées représentent le scénario le plus risqué.

    Été

    Les journées chaudes et nuageuses au-dessus de 15C présentent le risque le plus faible. L’après-midi et le soir sont généralement les moments les plus sûrs pour mettre au pâturage. Lors des journées chaudes et ensoleillées, le pâturage de nuit et tôt le matin est préférable : les sucres ont été consommés pendant les heures plus douces de la nuit.

    Printemps et automne

    Nuageux et doux : faible risque. Nuageux et froid (en dessous de 15C) : risque modéré. Ensoleillé et froid, surtout après une gelée nocturne : risque maximal, particulièrement le matin. C’est à ce moment-là que les chevaux ayant le moindre antécédent de fourbure doivent être tenus complètement à l’écart du pâturage jusqu’à ce que les températures remontent en milieu de matinée.

    Hiver

    Nuageux et froid en dessous de 5C : risque modéré. Conditions froides et givrées avec soleil, surtout après une gelée nocturne : risque élevé le matin. La sortie au pâturage en hiver lors de matinées claires et givrées est une vraie période à risque que beaucoup de propriétaires ne prennent pas en compte.

    Les chevaux ayant des antécédents de fourbure ont besoin d’une autre base de gestion

    Un cheval qui a déjà fait une fourbure n’est plus le même qu’avant. Les lamelles sont plus vulnérables, la régulation de l’insuline est souvent perturbée, et le seuil pour un nouvel épisode est plus bas. Cette distinction compte bien plus que ce que la plupart des propriétaires réalisent quand ils voient un cheval qui « semble aller bien » après sa récupération.

    Cela est particulièrement vrai pour le métabolisme de l’insuline. Même un épisode léger, dans lequel le cheval n’a jamais présenté de rotation complète, peut modifier durablement la sensibilité à l’insuline et rendre le cheval plus susceptible pour le reste de sa vie. Ces animaux ne reviennent pas à leur état de base d’avant la fourbure. Ils doivent être gérés comme des chevaux chroniquement sensibles, pas comme des chevaux guéris [6].

    En chiffres

    Dans une étude de suivi sur deux ans menée chez des chevaux atteints de fourbure endocrinopathique, un peu plus d’un tiers ont présenté un deuxième épisode. Le facteur prédictif le plus fort n’était ni l’alimentation ni l’exercice, mais le niveau d’insuline à jeun du cheval et le fait qu’il ait déjà fait une fourbure auparavant [6]. Ce n’est pas une raison pour relâcher la gestion. C’est une raison de rester strict même quand le cheval semble totalement sain.

    Pour ces chevaux, tout ce qui précède s’applique de manière encore plus stricte. La restriction de l’herbe devient une règle toute l’année plutôt qu’une règle saisonnière. Les aliments concentrés sont autorisés de manière plus prudente. Le poids doit être contrôlé régulièrement, et les sabots doivent être parés toutes les six à huit semaines, sans exception.

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    Références

    [1] Asplin KE, Sillence MN, Pollitt CC, McGowan CM. Induction de la fourbure par hyperinsulinémie prolongée chez des poneys cliniquement normaux. The Veterinary Journal. 2007;174(3):530-535. PubMed

    [2] Longland AC, Barfoot C, Harris PA. Effets du trempage sur la teneur en glucides hydrosolubles et en protéines brutes du foin. Veterinary Record. 2011;168(23):618. Veterinary Record

    [3] Longland AC, Byrd BM. Glucides non structurels des pâturages et fourbure équine. The Journal of Nutrition. 2006;136(7 Suppl):2099S-2102S. PubMed

    [4] Powell DM, Reedy SE, Sessions DR, Fitzgerald BP. Effet d’un entraînement physique de courte durée sur la sensibilité à l’insuline chez des juments obèses et maigres. Equine Veterinary Journal Supplement. 2002;34:81-84.

    [5] Longland AC, Barfoot C, Harris PA. Effets des paniers de pâturage sur l’ingestion de matière sèche et de glucides hydrosolubles chez des poneys pâturant des prairies de printemps, d’été et d’automne, ainsi que des prairies d’automne de différentes hauteurs. Journal of Equine Veterinary Science. 2016;40:26-33.

    [6] de Laat MA, Reiche DB, Sillence MN, McGree JM. Incidence et facteurs de risque de récidive de la fourbure endocrinopathique chez le cheval. Journal of Veterinary Internal Medicine. 2019;33(3):1473-1482. PubMed

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